Three Billboards Outside Ebbing, Missouri

En marge de petites productions hollywoodiennes indépendantes, il m’arrive parfois de sortir un peu de ma zone de confort. L’exercice n’est pas toujours évident, ça peut s’avérer éprouvant, voire détestable (coucou Birdman), mais on va juste s’arrêter au terme « éprouvant » avec 3 Billboards, réalisé par Martin McDonagh, avec Frances McDormand, Woody Harrelson et Sam Rockwell (entre autres).

On est rapidement mis dans le bain, de toute façon : Mildred Hayes (Frances McDormand) a perdu sa fille, violée et tuée par une ou plusieurs personnes. Les coupables n’ont toujours pas été démasqués, les mois ont filé et la patience de Mildred avec, au profit d’une rage démesurée, au service d’un sentiment d’injustice. C’est afin de faire bouger les choses, mais avec violence, qu’elle a l’idée de louer trois panneaux publicitaires à l’abandon pour y afficher trois phrases consécutives en noir sur fond rouge, rappelant le crime de façon brutale (« Violée alors qu’elle agonisait »), la situation actuelle (« Toujours aucune arrestation ») et l’accusation interrogative désignant le chef de la police, William Willoughby (Woody Harrelson).

Avec un tel cadre, et soutenu par une bande-son qui en a souvent le goût, le film a tendance à prendre des allures de western contemporain, McDormand avait d’ailleurs affirmé s’être inspirée de John Wayne pour incarner Mildred. Plus précisément, on est là dans une relecture du genre spaghetti avec cette évidence : rien n’est tout blanc ou tout noir, à part, éventuellement, deux personnages en particulier qui incarnent les opposés du spectre, secondaires mais ayant un impact conséquent sur l’histoire et son tournant.

Mildred, pour revenir à elle, n’est pas dans le cliché de la mère intégralement mise à terre par la tragédie, elle n’y a qu’un genou, mais le regard levé, furieux contre le monde entier ou presque. Tout au long de ce film, on la découvre détestable, attachante, drôle, sinistre, bas de plafond, nuancée, ou non. Un personnage bigrement humain qui n’est pas régit par un seul trait de caractère, mais par une ligne : avoir la vérité, peu importe les moyens et au diable ceux qui oseraient tenter de se mettre en travers de son chemin. Frances McDormand tient un rôle de choix, tout en regards énervés, lèvres pincées, tendresse maladroite, accent à couper au couteau et punchlines qui dégomment. Mildred vs le monde ou pas loin.

En face de ce portrait fort, Sam Rockwell incarne Jason Dixon, un officier de police raciste, homophobe, alcoolique, passablement demeuré, un personnage qu’on aurait bien vu chez les frères Coen. Et donc, on a aussi Woody Harrelson, en chef de police, un beau caractère, rongé, mais volontaire, en garde-fou d’un Dixon volontiers violent, bien joué.

Car il est, dans 3 Billboards, beaucoup question de catharsis, au sens psychanalytique du terme, à savoir : l’épuration par le défoulement. Sans entrer dans les détails, la plupart des personnages de l’histoire sont sujet à des pulsions irrépressibles et le film leur accorde une évolution conséquente quand ils arrivent (pour certains d’entre eux) à enfin contrôler cet impérieux besoin de violence, ou à se remettre en question. « La colère attise la colère », dit une jeune écervelée, véritable icône de pureté dans un film brut et seul phare réel dans la noirceur ambiante.

L’un dans l’autre, on est spectateur d’un film bien écrit, bien interprété, qui ne nous tient pas par la main, éveille en nous tout un tas de sentiments variés, une crise de larmes presqu’oubliée par un fou rire, ou l’inverse. 3 Billboards ne laisse pas indifférent, jusqu’à la dernière seconde, la dernière parole, il met en scène des personnages excessivement humains.

The Last Jedi dans l’Amérique profonde/10

1 commentaire sur “Three Billboards Outside Ebbing, Missouri”

  1. Tout d’abord, très bon article ! J’aime ton style petit ! Tu voudrais pas venir écrire sur un blog qui regrou- Ah ! Attends…

    Bref ce n’est en effet pas non plus le type de film que j’irai voir non plus (même si j’ai aimé Birdman moi :p ) mais ça a l’air d’envoyer sec. A force d’aller voir des films de type “plein ta gueule” on en oublierai presque que des films “juste” humain peuvent aussi nous faire ressentir des émotions bien plus forte que ce que peut produire “la ligue des vengeurs 3 : viens à la maison”.

    Merci pour ce retour !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *