Ready Player One – Steven Spielberg (2018)

Toujours à l’affût d’une occasion de déformer la page d’accueil du site, je suis allé voir Ready Player One de Steven Spielberg. En plus, ça tombe bien, Foine est en congés, il n’y verra que du feu.

Grosse période de visibilité pour le sieur Steven, d’abord The Post, maintenant ça, des annonces diverses pour confirmer le tournage d’Indiana Jones 5 l’an prochain… Mais concentrons-nous sur RPO.

Nous sommes dans les années 2040 et ce n’est pas la joie. Le monde s’est considérablement appauvri, et notre héros (Tye Sheridan), tout comme beaucoup de gens, vit son quotidien dans une décharge à ciel ouvert. Wade, de son petit nom, à l’instar de nombre de ses compatriotes, passe le plus clair de son temps dans un jeu en ligne, l’Oasis. Seule échappatoire d’une vie faite de misère, l’Oasis est un melting pot de la culture geek depuis les années 80 jusqu’à nos jours, dans lequel chacun peut devenir ce qu’il veut virtuellement.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes virtuels, si son créateur n’avait pas décidé, à sa mort, de dévoiler au monde l’existence d’un easter egg à trouver au terme de trois épreuves distinctes. Cet easter egg permettrait à quiconque mettrait sa main dessus de devenir propriétaire du jeu, mais aussi d’amasser une petite somme d’argent (un montant bénin comportant environ entre neuf et onze 0, j’ai pas retenu, on n’est pas à 10 milliards près). Bref, autant vous dire que c’est la foire d’empoigne pour débusquer les trois clefs permettant d’atteindre le Graal.

Naturellement, Wade fait partie de la chasse, en duo avec un autre joueur, et il se trouve en compétition avec tout un tas d’autres gens dont un clan professionnel consacré exclusivement à la recherche de l’Easter Egg, et à la tête duquel se trouve Nolan Sorrento (Ben Mendelsohn qui joue le même rôle dans chaque film où il apparaît) en riche patron intéressé par le blé et le pouvoir (un chic type, vraiment).

Voilà pour les bases, on ne va pas non plus s’étendre 107 ans, le scénario est assez convenu. Pire que convenu, il sombre parfois dans les clichés beaucoup trop faciles (une amourette ? Sérieusement ?), mais sous cette superficialité irritante se terre une déclaration d’amour constante à la culture geek dont Spielberg a été un des artisans dès les années 80.

C’est simple, toute la valeur cinématographique de RPO est concentrée dans les références continues aux icônes qui parleront à tout le monde, mais à différents degrés. On distingue ça et là une allusion à Star Wars, on voit subrepticement Hello Kitty dans la foule, Tracer un peu plus loin, les Tortues Ninja prennent part à une baston, le T-Rex de Jurassic Park (bah oui, après tout, autant utiliser ses propres créations, bien vu, Steven) intervient au cours d’une épreuve endiablée…

Chaque plan dans l’Oasis est l’occasion d’intégrer un personnage, un panneau publicitaire, un véhicule ou une arme tirée d’une autre œuvre. L’effet est parfois vertigineux. Quand une foule s’amasse, impossible de distinguer tous les caméos. Il existe d’ores et déjà des articles référençant les apparitions, un wikia également et, autant vous l’avouer, j’en ai raté énormément. Tout une partie est basée sur un film particulièrement culte et je ne m’y attendais pas, c’était sacrément bien foutu. C’est là où on voit une grande force de cette culture, qui permet une infinité de combinaisons, d’ouvertures, de lieux, de personnage. Il y aurait de quoi franchiser un tel univers (et ne doutons pas que s’ils trouvent une histoire à raconter avec des enjeux, ils ne s’en priveront pas).

Toute la substance du film est là, puisque les héros n’ont pas énormément d’intérêt (surtout leurs versions IRL et en particulier Wade très fadement incarné), on sourit devant les multiples passages faisant appel à notre culture personelle, on espère voir débarquer tel personnage, on est surpris d’en croiser un autre.

Et puis, on commence à s’attarder un peu sur le fond. Parce que l’histoire (terriblement bateau, j’insiste) cache une fable en rien moralisatrice. Je craignais honnêtement qu’on nous assène une morale à la con du genre « la vie extérieure, c’est mieux, machin truc ». Alors, elle y est, mais de façon bien plus nuancée qu’attendue et surtout en parallèle d’un message de tolérance vis-à-vis de la culture geek. Bien sûr, on pourra s’émouvoir en voyant ce postulat où les gens préfèrent fuir la réalité et se comportent comme des zombies encasqués dans la rue, mais le message global que j’estime avoir compris de ce film se veut bien plus positif : il faut profiter, tenter des choses éventuellement, mais profiter de la vie, ça peut aussi bien être d’inviter son amoureuse à danser que faire une session d’Overwatch. Il n’y a pas à culpabiliser d’aimer Duran Duran, chacun fait ce qu’il veut, merde. Un message suffisamment doux et déculpabilisant pour être noté.

Pour le reste, ça ne va pas chercher bien loin. Le méchant est méchant, le gentil est gentil (et ne suscite aucun attachement, l’acteur ne convainc que quand il est sous sa forme d’avatar) et d’autres personnages à l’alignement bon ou mauvais gravitent autour d’eux, avec une ou deux répliques rigolotes ou une tête de killer (voire les deux en même temps). Et puis, je passerai rapidement sur le boisseau d’incohérences ou de passages capilotractés (quelles étaient les chances pour que tout ce beau monde soient en fait voisin à 500 mètres près?).

N’ayant pas lu le livre, je serais incapable de déterminer la part de créativité laissée à Spielberg, mais j’ai bien aimé l’avatar de Sorrento (le méchant) dans l’Oasis, d’aucun y verrait un petit pied de nez à DC (et plus généralement aux comics au cinéma), c’était rigolo. Pas forcément subtil, mais le film n’a pas forcément été élaboré dans cette optique de toute façon. Un moment pop-corn pas désagréable qui, contrairement à ce qu’en disent les critiques, ne fera peut-être pas tant date que ça dans l’histoire du cinéma ou même dans la filmographie du maître.

Une note pour finir : « Oui, c’est sympa, mais… »/10

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