La bénédiction de Johnny Storm.

Pauvres 4 Fantastiques. La célèbre famille de super-héros semble destinée à rester dans l’ombre. Déjà en tant que comics, leurs aventures n’ont jamais vraiment été d’une qualité extraordinaire comparées à d’autres. Mais alors au cinéma, on a réussi à atteindre des sommets de médiocrité. Finalement, de ces films, on a réussi à garder Chris Evans, Johnny Storm des adaptations des années 2000, qui est devenu le Captain America que l’on connaît et apprécie. Et c’est un autre Johnny Storm qui tient un rôle majeur aujourd’hui, Michael B. Jordan, dans le dernier Marvel en date, Black Panther. Black Panther qui, figurez-vous, est apparu pour la première fois dans les pages des – mais oui ! – 4 FANTASTIQUES. Ahlala, mes amis, comme le monde est petit.

Tout ça pour dire : parlons de Black Panther, sans spoiler aucun.

L’histoire prend place quelques jours après les évènements de Captain America 3 – Civil War (& Knuckles), dont il ne sera fait que peu de mention finalement, juste de quoi expliquer pourquoi T’Challa (Chadwick Boseman) devient roi après le décès de son père et donc le Black Panther officiel. C’est anodin, mais parmi tous ces entrelacs de suites et de références d’un épisode à l’autre, Black Panther tient une place bien à part en se suffisant à lui-même.

Installant un univers, une ambiance bien à lui, le film de Ryan Coogler m’a semblé bien plus solide et pertinent que les derniers Marvel. C’est probablement le métrage le plus politique de la saga, loin du divertissement décérébré offert par Les Gardiens de la Galaxie 2.

Je ne me risquerais cependant pas à vous indiquer ce que vous devez voir ou non dans Black Panther. J’imagine que chacun y trouvera un message différent, mais sous la bannière de l’union toutefois. Une phrase évidente : « Le sage construit des ponts, l’idiot érige des murs ». Pas besoin d’être érudit en politique internationale pour savoir qui, en particulier, est visé.

C’est réellement un point d’importance qui se joue là. On n’échappe pas aux clichés inhérents au genre, peut-être que vous en aurez marre de voir encore des adultes jouer à la bagarre en costumes (mais pourquoi aller voir un tel film dans ce cas ?), mais Ryan Coogler a eu le génie d’employer ce média pour faire passer de beaux messages. Rien que pour ça, il mérite chaque billet qui a été vendu.

Au-delà le discours philosophico-politique, que reste-t-il de Black Panther ? Un film rythmé, majoritairement beau, ponctuellement drôle sans forcer le trait, qui fait voyager, sait un petit peu piquer là où il est juste que ça fasse mal. Une petite touche de James Bond par-ci, un soupçon de Shakespeare par-là… Les inspirations sont là, j’ai même cru y déceler une petite touche Batmanesque. Ce qui ne serait pas illogique au demeurant : j’avais lu, au moment de Civil War (l’arc comics, pas le film, 2007, donc) que Black Panther était vu comme une des quelques réponses de Marvel à Batman (même s’il me semble que ça n’était pas le cas initialement).

Je dois évidemment m’attarder un peu sur les acteurs. On a là un beau casting, et commençons du côté des pas gentils : je passerais brièvement sur Andy Serkis (reprenant le rôle qu’il tenait dans Avengers 2), cabotin comme pas possible pour plutôt parler de Michael B. Jordan qui incarne Killmonger. Il est vénère, le Killmonger, et comment l’en blâmer ? Il a aussi un côté petit con, mais c’est légitime, il n’a été formaté que comme ça. On imagine sans grande peine son existence faite exclusivement de conflits pour en arriver où il en est. Une simple décision différente à un moment donné et le film en aurait été diamétralement métamorphosé. Mais bref, on tient enfin un antagoniste qui a un peu de substance. Après le pâle Zemo de Civil War, ou l’inexistant méchant de Dr. Strange (mince, j’ai oublié jusqu’au nom du personnage, désolé, Mads) chez Marvel ou tout simplement en général (coucou Steppenwolf, ça biche ?), j’aime autant vous dire que ça fait du bien.

En face, les héros forment un groupe assez bien fichu, T’Challa est peut-être un peu trop sobre et effacé à mon goût, mais c’est probablement dû à ses alliés qui passent leur temps à lui voler la vedette, la générale Okoye en tête (formidable Danai Gurira, pince sans-rire, bad ass, j’espère que c’est elle qui va botter le cul de Thanos dans Avengers 3). De forts portraits féminins qui ne s’en laissent pas compter, elles font tout le piquant du film et détiennent les meilleures répliques (les meilleures scènes ?) ; sans elles, T’Challa ne serait rigoureusement rien. Après Wonder Woman, je ne peux qu’acclamer.

Enfin, bel effort sur la musique, on évite la bande-son de commande passe-partout pour élaborer une identité propre à ce film, avec des sonorités africaines parfaites.

L’un dans l’autre, on passe un bon moment, c’est probablement le Marvel le plus humain et le plus ouvert, il rentre dans la catégorie de ceux qui proposent une réflexion au même titre que ce qu’aurait voulu faire Civil War (le film, là, mais si, il y avait un discours derrière, juré) et se hisse sans mal au rang des meilleurs films du genre, en faisant d’un film de super-héros léger (donc par définition perfectible dans sa forme) un vecteur pour toucher tout le monde sur des questions de société. Du blockbuster intelligent dans son message sans être bêtement moralisateur. Bien joué.

P.S. : Après rédaction de ce billet, j’ai eu envie de me renseigner sur Ryan Coogler. L’occasion d’apprendre que le bonhomme a mon âge. Respect éternel, j’ai hâte de voir la suite de son œuvre, en attendant, je cours voir Creed.

2 commentaires sur “La bénédiction de Johnny Storm.”

  1. J’attendais d’avoir écrit mon article pour lire le tien : c’est chose faite ! Et il est très bien ce papier !

    On se rejoint sur tous les points finalement, même si je dois bien avouer ne pas avoir décelé les influences de Shakespeare ou de 007. :3

  2. Shakespeare se retrouve dans le côté drame familial, teinté de drame politique, une thématique plutôt présente chez lui, finalement.

    Quant à James Bond, c’est très premier degré finalement : les gadgets, la partie dans le casino… J’aurais vu Daniel Craig accoudé au bar dudit casino, ça ne m’aurait pas choqué outre mesure!

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